3 questions à… Marie-Anne Benezeth, infirmière libérale

3 questions à… Marie-Anne Benezeth, infirmière libérale

3 questions à… Marie-Anne Benezeth, infirmière libérale

« Nous avons besoin d’être reconnues, dans nos compétences comme dans notre engagement. »

Infirmière depuis plus de 25 ans, Marie-Anne Benezeth s’est installée en libéral en 2011. Ancienne urgentiste à Lariboisière, elle exerce aujourd’hui toujours au plus près des patients, avec passion mais aussi lucidité sur les défis d’un métier en pleine mutation.

 

 

Marie-Anne, quelques mots sur votre parcours…

J’ai obtenu mon diplôme d’infirmière en 1998 à la Pitié-Salpêtrière, avant de travailler aux urgences de Lariboisière, l’un des services les plus formateurs de Paris. Après plusieurs remplacements à Montpellier et un poste à la clinique psychiatrique Stella à Vérargues, j’ai choisi de m’installer à mon compte en 2011. J’étais seule avec deux enfants, j’avais besoin de stabilité et de mieux gagner ma vie. Cela m’a demandé de la persévérance : j’ai dû déposer 18 demandes avant d’obtenir mon conventionnement et d’ « acheter »  une tournée.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du métier d’infirmière libérale ?

Je constate une dégradation des conditions de travail : agressivité croissante de certains patients, exposition à des produits chimiques, insalubrité de certains logements, difficultés de stationnement dans certaines villes ou quartiers… Nous subissons aussi une grande charge mentale car nous accompagnons la souffrance et parfois même la fin de vie. Il faut rappeler que les infirmières libérales ont une espérance de vie diminuée de 3 ans. Cela a été prouvé. Nous, on est là tous les jours ! Nous avons une obligation de continuité de soins (horaires décalés, travail le week-end) et cela a aussi un impact sur nos vies personnelles.

Nos actes n’ont pas été revalorisés depuis 16 ans et notre indemnité de déplacement n’a augmenté que de 25 centimes. C’est à dire 2.75 euros du déplacement ! Nous avons besoin d’une revalorisation. En parallèle, nous montons en compétences et on nous confie de plus en plus de missions. Nous établissons des diagnostics infirmiers, planifions des soins et assurons la continuité des prises en charge à domicile. C’est ça aussi la richesse de notre métier. Aujourd’hui, l’avenir du métier est tourné vers le numérique. Il faut absolument se former car tout va très vite, objets connectés, consultation en visio, dossier de soin numérisé, DMP… Nous sommes le pont entre le médecin et le patient.

Pourquoi vous impliquer au sein de la CPTS ?

J’ai eu la chance de faire partie d’un des premiers conseils d’administration à la création de la CPTS. J’y ai vu une occasion de travailler enfin en coordination avec d’autres professionnels, d’échanger sur nos pratiques et de mieux comprendre les réalités de chacun, ainsi que de contribuer à quelque chose de plus grand que moi. Je participe aujourd’hui au groupe de travail sur l’accès au médecin traitant et j’ai suivi une formation sur l’insuffisance cardiaque. C’est extrêmement enrichissant. Ces échanges nous permettent de monter en compétences, de nous rencontrer et de construire ensemble des solutions concrètes pour les patients.